Une journée dans la vie d'un courtier en 2030
Promis, ce n’est pas un énième article sur l’IA, mais plutôt un petit saut dans le futur.

Réveillez-vous
6 h 30
Mon assistant virtuel m'a réveillé dix minutes plus tôt que d'habitude : la tempête qui a frappé la côte atlantique hier soir a déjà généré 127 notifications de clients sur ma plateforme.
Avant même de poser le pied par terre, j'ai reçu un briefing : l'IA avait examiné les demandes, les avait recoupées avec d'autres données et avait signalé en priorité les clients en difficulté. Ceux qui ont vraiment besoin de moi, tout de suite.
En bref, bienvenue en 2030.
La journée va être longue... Je vous invite à la vivre avec moi.
Le courtier
6 h 45
Je bois mon café. (Oui, certaines choses ne changent jamais.)
8 h
Je suis prêt. Je me connecte au tableau de bord de mon courtier/assureur. Avant, je passais des heures à naviguer entre cinq logiciels différents, dix feuilles de calcul Excel et à (tenter de) rassembler des données incohérentes.
Désormais, tout est clair et concis : mes portefeuilles, mes alertes de sinistres, les opportunités à saisir. Tout est fluide et synchronisé.
Mais la véritable nouveauté, c'est que j'ai accepté que mes données se trouvent désormais dans l'écosystème de l'assureur. C'est une petite révolution pour un courtier. En contrepartie, cela me permet un gain de temps considérable et une visibilité sans précédent. Aujourd'hui, nous consultons tous les mêmes données au même moment, et cela change tout.
8 h 15
La magie de l'automatisation est déjà à l'œuvre. Pendant que je dormais, mon assistant a communiqué avec plusieurs assurés, envoyé 38 rappels, préparé une douzaine de devis et rassemblé tous les documents justificatifs nécessaires. Ce matin, 80 % de ces tâches à faible valeur ajoutée ont été accomplies sans moi.
C'est souvent le premier exemple donné lorsqu'on parle d'IA dans le domaine de l'assurance, et c'est un exemple réel. Mais pour moi, la véritable valeur ajoutée réside ailleurs : je peux enfin consacrer le temps ainsi gagné à ce qui compte le plus, à savoir être présent pour mes clients. (BCG, Insurance 2025)
8 h 30
Je lance mon copilote IA : il signale une incohérence dans un dossier d'assurance responsabilité civile professionnelle. Alors que les algorithmes d'hier ne faisaient qu'identifier des modèles connus, l'IA recoupe désormais en temps réel les données des clients avec leur historique de sinistres, les références du secteur et même certains signaux faibles provenant de données externes. Grâce à cela, mon copilote détecte un risque de fraude impliquant un faux reçu photographique que je n'aurais jamais pu repérer à l'œil nu.
Il suggère une modification du contrat. C'est à moi de décider si je l'approuve. Une fois que je l'ai fait, mon copilote se connecte automatiquement à l'IA de l'assureur pour lancer la mise à jour. En 2030, 85 % des courtiers travailleront de cette manière, aidés par l'intelligence artificielle non seulement pour gagner du temps, mais surtout pour rendre la détection et l'optimisation des contrats plus fiables. (Capgemini, Insurance Top Trends 2024)
10 h
Tout au long de la matinée, je jongle entre plusieurs clients. Toutes les données sont automatiquement rapprochées : celles des assureurs, des partenaires et même des appareils connectés de mes clients.
Les plateformes d'assurance ont fait un bond en avant considérable. Plus besoin de passer des heures à traiter des formulaires, je peux désormais soumettre directement les fichiers bruts d'abonnement et de sinistres. La technologie d'assurance produit une analyse actuarielle en temps réel et génère des recommandations claires sous mes yeux. Auparavant, les équipes passaient des heures à consolider les données, mais aujourd'hui, mon analyse est segmentée en 10 minutes chrono.
Ce n'est pas de la magie, ni nécessairement de l'IA. Il s'agit principalement d'une infrastructure bien conçue qui me donne enfin une vue claire et immédiate de mes portefeuilles. Il y a dix ans, ce niveau d'intégration était utopique. Aujourd'hui, c'est ma réalité quotidienne.
Minuit
Je vais déjeuner avec un ami qui travaille dans les assurances. Oui, certaines choses ne changent vraiment jamais.
13 h
Nous sommes interrompus par une notification : un ajustement tarifaire vient d'être publié. Nous réglons la facture et nous nous rendons à la réunion avec le client.

L'assureur
14 h
Nous sommes dans le hall d'accueil du client.
J'observe mon ami agent d'assurance : son quotidien est lui aussi devenu très intense.
Alors que je termine la préparation de la présentation, une alerte s'affiche sur son outil de gestion des risques : la technologie actuarielle l'informe qu'un portefeuille santé commence à montrer des signes de volatilité dépassant le seuil de confort. En quelques minutes, il peut ajuster son exposition en transférant une partie du risque et en réassurant une autre partie. Ou il peut décider d'attendre un peu plus longtemps pour voir si cette tendance se concrétise.
Ce qui prenait auparavant des jours de calculs et d'arbitrage peut désormais être fait beaucoup plus rapidement et avec une plus grande transparence. Certains risques qui étaient autrefois difficiles à gérer ont trouvé un nouveau souffle grâce à la technologie.
14 h 30
Dans la salle de réunion, la démonstration commence.
Le client nous décrit ses besoins. L'interface du programme d'assurance est personnalisée sous nos yeux : chaque élément du parcours client, chaque clause, chaque prix est ajusté en temps réel, en fonction du profil du prospect et des données issues des parcours précédents.
Certaines plateformes proposent déjà ce type de personnalisation aujourd'hui. Mais en 2030, ce sera la norme, et surtout, ce sera beaucoup plus granulaire : chaque interaction sera testée, mesurée et optimisée, comme dans le commerce électronique. Nous testons les parcours FNOL, mesurons l'efficacité de chaque étape et apportons des ajustements à la volée.
L'IA générative propose des alternatives, affine le discours et rend l'offre immédiatement compréhensible. Le client hésite sur une clause ? L'outil calcule un nouveau prix en quelques secondes, en fonction du risque individuel. La logique actuarielle ne nécessite plus des semaines de calculs, mais est déployée en temps réel, paramètre par paramètre. (Capgemini, Insurance Top Trends 2024, BCG, How AI is Reshaping Insurance 2024)
16 h
Je quitte la réunion.
Le client est intéressé par l'offre conjointe que nous avons élaborée avec l'assureur. Il est maintenant temps de la mettre en œuvre. Nous avons 48 heures pour mettre en place le programme.
C'est également à cela que ressemblera l'assureur en 2030 : hyperconnecté, axé sur les données et les risques, opérant sur un marché ouvert et fluide où chaque seconde compte.
Les données
16 h 05
J'appelle mon équipe chargée des données...
En 2030, le monde est bien organisé. Mon équipe est en contact direct avec celle de mon assureur et nos outils sont interconnectés. Dix ans plus tôt, nous aurions dû échanger une cinquantaine d'e-mails et passer plusieurs jours à communiquer.
L'assureur nous donne également accès à une méta-base de données spécifique au secteur qui fournit une vue en temps réel de la performance en matière de risques. En quelques clics, je peux comparer le prix de notre nouveau programme avec ceux du marché et ajuster nos paramètres.
Regardez, nous avons déjà reçu une version V1 des tarifs dès la fin de la réunion.
Tout se passe très vite. Mais la validation aura lieu demain matin. Même en 2030, certaines validations nécessitent encore un comité de souscription... et une bonne tasse de café.
16 h 30
Toutes les données relatives aux polices sont synchronisées en temps réel avec l'assureur. Nous tirons parti de cette fonctionnalité pour examiner les programmes actuels.
Les outils surveillent désormais en permanence les écarts de performance. Alors qu'auparavant, nous devions attendre plusieurs mois pour voir une tendance se dessiner, je suis désormais alerté presque immédiatement dès qu'un écart se produit. Il n'est plus nécessaire d'attendre la réunion du comité de pilotage pour accéder à ces informations.
17 h
Mais la véritable révolution réside dans la prévention. Nos outils d'analyse de données ne se contentent plus d'expliquer le passé, ils anticipent l'avenir.
Quarante pour cent des sinistres sont désormais anticipés avant même qu'ils ne se produisent : une fuite d'eau stoppée automatiquement, une alerte météo qui sécurise un site industriel... L'assurance n'est plus seulement réactive, elle devient proactive. (McKinsey, Global Insurance Report 2025)
17 h 30
Avant tout lancement, notre responsable des données et éthicien examine minutieusement chaque modèle. C'est notre garantie : aucune partialité, aucune utilisation abusive des données sensibles. Car les données ne sont pas seulement technologiques, elles sont aussi humaines et éthiques.
Fin de la journée
Si je devais retenir une seule chose de cette journée, ce serait que la technologie a changé le rythme, mais pas l'essence même de la profession.
Soyez assurés que même en 2030, nous commencerons toujours la journée par une tasse de café... et nous la terminerons toujours par un appel client.
Les assureurs géreront les risques avec une précision sans précédent. Mais en fin de compte, mes clients continueront d'appeler leur courtier lorsqu'ils auront besoin de comprendre, de décider ou d'être rassurés.
Alors oui, tout sera plus intégré, plus rapide, plus invisible... sauf le lien de confiance. Et aucune machine ne peut remplacer cela.
Article original publié pour la première fois ici sur Linkedin.


