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Contrat santé : non-responsable, vraiment ?

Antisélection, instabilité, revalorisation : quel est le plus responsable des produits santé ?

nabil seddiki seyna

Chez Seyna, nos premiers programmes santé ont démarré à 150 % de S/P. Pour ceux qui ne vivent pas avec ce chiffre au quotidien : cela veut dire qu'on payait 1,50 € de sinistres pour chaque euro de prime encaissé. À ce niveau, tu ne te refais jamais. C’est en quelque sorte définitif.

Et après une claque comme celle-ci, le réflexe qui suit est souvent pire que l'erreur initiale. On verrouille, on empile les marges de prudence sur les marges de prudence. On reconstruit un tarif en mode bunker. Pour s’assurer que cela n’arrive plus. Et quelques mois plus tard, nous découvrons que nous avons construit un produit que personne ne veut acheter. Avec des niveaux de production proches de zéro. Des équipes qui tournent dans le vide. Et des pertes différentes mais tout aussi réelles.

Ces deux erreurs ne s'opposent pas. Elles s’enchaînent. Toujours dans le même ordre. Et elles ont la même cause : une mauvaise appréhension de l’origine du risque en santé.

Le 100 % Santé a bien couvert les Français. Il a aussi construit une machine à anti-sélection.

Depuis 2020, les revalorisations tarifaires en santé individuelle sont quasi permanentes. Deux chiffres, tous les ans, sur la quasi-totalité du marché. Ce n'est pas une coïncidence. Ce n'est pas non plus la faute de tel ou tel acteur. C'est la conséquence logique d'un système qui a créé des incitations rationnelles pour tout le monde, sauf pour l'assureur.

Voilà ce qui se passe concrètement. Un assuré apprend qu'il a cinq couronnes à refaire. Devis : 3 000 €. Il souscrit une mutuelle responsable, se fait rembourser, résilie. Il a payé peut-être 600 € de prime dans l'année. L'opération est parfaitement logique de son point de vue. De celui de l'assureur, c'est un ratio sinistre à 500 % sur ce contrat précis.

Et ce n'est pas seulement une question de comportement des assurés. Les professionnels de santé ont eux aussi adapté leurs pratiques à un système qui garantit le remboursement intégral. Facturation au plafond du 100 %, actes additionnels, équipements premium systématiquement proposés. Personne ne triche. Tout le monde optimise rationnellement dans un système qui le permet. Et c'est l'assureur qui absorbe.

Ce qui en résulte côté portefeuille : une sinistralité explosive en année 1, des résiliations massives une fois les soins effectués, et une course permanente entre revalorisation tarifaire et départ des assurés qui sollicitent le moins leur couverture. Piloter dans ces conditions, c'est marcher sur un fil au-dessus du vide, avec un courtier qui regarde.

Le non-responsable n'est pas un responsable au rabais. C'est un autre contrat, pour un autre assuré.

En sortant du panier 100 % Santé, le contrat non-responsable fait une chose simple : il retire la principale incitation à souscrire pour un besoin ponctuel déjà identifié. Et ce faisant, il change radicalement le profil de qui vient frapper à la porte.

En responsable, une partie non négligeable des assurés arrivent avec un projet de soins déjà planifié. En non-responsable, l'assuré vient parce qu'il veut une couverture. Pour des consultations courantes, des imprévus, une hospitalisation qu'il n'a pas programmée pour dans trois mois. Ce n'est pas le même profil de risque, pas la même intention, ni la même dynamique de résiliations.

Notre thèse, que les données commencent à confirmer : cet assuré a structurellement tendance à moins résilier son contrat. Il n'est pas venu pour optimiser une opération dentaire car son besoin initial est celui d’être couvert. Les délais de carence renforcent encore cet effet, ils filtrent les souscriptions opportunistes à très court terme. Résultat : des portefeuilles plus stables, une sinistralité plus lisible, un pilotage qui ne ressemble pas à du désamorçage de bombe permanent.

Mais soyons clairs : le responsable ne mérite pas d'être jeté. Pour quelqu'un qui a de vrais besoins récurrents sur les trois postes, une correction visuelle lourde, une perte auditive réelle, c'est le bon produit. Ce sont deux logiques différentes, deux profils d'assurés différents. Un marché qui ne proposerait que l'un des deux se priverait d'une partie significative de ses clients légitimes.

Le problème n'est pas le contrat responsable. C'est qu'il crée une opportunité que les assurés les plus avertis saisissent et qu'on ne peut pas leur reprocher.

Le non-responsable a pourtant une condition d'efficacité que le marché sous-estime.

Les assurés français ont été habitués depuis 2020 à des remboursements intégraux sur le dentaire, l'optique ou l'audio. C'est leur référentiel. Un assuré qui souscrit un contrat non-responsable sans comprendre qu'il sort de ce périmètre va découvrir le reste à charge au pire moment, quand il en a besoin. Ce n’est pas le produit d’assurance qui est en cause, mais la pédagogie pendant l’acte commercial.

Un contrat non-responsable mal expliqué,  c'est une bombe à retardement : des réclamations, des résiliations, et une réputation qui prend du plomb. Ce n’est pas le produit qui crée de la déception, c’est une promesse mal calibrée faite à l’assuré.

Vous l’aurez compris, le non-responsable exige finalement plus de pédagogie à la souscription, pas moins. C'est un vrai contrat d'assurance, qui couvre de vrais risques, mais qui demande à l'assuré de comprendre ce qu'il achète. Et au courtier de jouer son rôle.

Mais quel que soit le contrat, l'année 1 n'est pas l'année de vérité.

C'est vrai en responsable, où aucun assureur ne gagne vraiment la première année, et où tout se joue dans la capacité à conserver le bon stock et à revaloriser sans perdre le portefeuille. C'est vrai aussi en non-responsable, même si la trajectoire est plus stable et plus lisible.

Ce qui différencie les assureurs sur ce point, ce n'est pas leur capacité à construire un bon tarif initial. Tout le monde peut faire un tarif compétitif en année 1. C'est plutôt facile, voire même dangereux… Nous l'avons appris à nos dépens.

L'approche dominante sur le marché : on lance, on observe, on envoie un courrier en fin d'année. "+18 % à partir du 1er janvier." Le courtier découvre qu'il doit appeler ses clients pour annoncer une hausse qu'il n'a pas vue venir, sur un produit qu'il a vendu en leur promettant de la stabilité. Mauvais moment pour tout le monde, pour le client qui ne comprend pas, pour le courtier qui perd confiance, pour l'assureur qui perd un partenaire.

Notre approche est différente. Au moment de la proposition commerciale, nous posons les règles du jeu : voilà d'abord le tarif, puis pourquoi il est compétitif en année 1, et enfin ce qu'il faudra probablement faire sur le stock en année 2 pour rester sur une trajectoire équilibrée. Par conséquent, la revalorisation n'est plus une surprise, mais une conversation stratégique réalisée avant le lancement.

Un courtier qui sait comment les choses vont se dérouler, sera en mesure d’anticiper, de préparer ses clients et de défendre la hausse avec des arguments. C'est une relation différente, plus solide, et paradoxalement, plus commerciale.

Alors, non-responsable, vraiment ?

Sur le plan réglementaire, oui, il sort du cadre du 100 % Santé. Mais sur le plan assurantiel, c'est souvent lui le plus responsable. Il couvre un risque réel, attire davantage des assurés qui cherchent une couverture durable qu’une optimisation ponctuelle, et produit des portefeuilles plus stables et plus pilotables.

Ce qui est moins responsable, en revanche, c'est de vendre n'importe quel contrat sans dire la vérité sur ce qu'il couvre, à qui il s'adresse, et comment il va évoluer dans le temps.

Un contrat ne devient pas responsable parce qu’il porte ce nom. Il le devient quand il reste assurable dans le temps. .

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